Beaucoup d'agences signent leur meilleur début d'année depuis longtemps. Plus de projets, plus de budgets, un carnet qui se remplit. Et pourtant, la plupart pilotent à vue, sans savoir ce qu'elles encaissent vraiment ni combien de temps la dynamique tient.
Ce mois-ci, une édition entièrement consacrée à l'événementiel et au créatif. Parce que dans ce secteur plus qu'ailleurs, croître et se fragiliser peuvent arriver en même temps. Et parce que l'été 2026 vient de rappeler brutalement que la meilleure programmation ne protège pas d'un choc qu'on n'avait pas mis dans ses comptes.
Sylvie Godereaux, Proxi Conseil
+20% de CA signé au premier trimestre 2026. La plus forte reprise depuis des années. Et 61% des agences qui ne voient pas au-delà de trois mois. Ces deux chiffres décrivent la même entreprise.
Dans l'événementiel et le créatif, la bonne santé apparente cache trois mécanismes qui agissent en silence.
1. Le carnet est court. Six agences sur dix ne voient pas plus de trois mois devant elles. Sur cette base, impossible de décider sereinement un recrutement, un investissement ou une embauche de freelance. On subit le calendrier au lieu de le piloter, et chaque trou d'air se transforme en tension de trésorerie.
2. La marge s'efface derrière le volume. Le CA progresse, mais freelances, prestataires techniques, location et commissions rognent le résultat. Un gros événement peut afficher un beau chiffre et une marge faible. Le compte de résultat le dira six mois trop tard, quand il n'y a plus rien à corriger.
3. La trésorerie avance l'argent. Sur un événement, vous payez les prestataires avant d'être réglé par le client. Plus l'événement est gros, plus vous financez vous-même le décalage. La croissance consomme de la trésorerie avant d'en rapporter. C'est le paradoxe des secteurs de projet : plus ça marche, plus ça tire sur le cash.
Ce que cela signifie pour vous : regarder son chiffre d'affaires dans l'événementiel, c'est lire la première ligne d'une histoire dont la fin se joue ailleurs. Dans la marge par projet, dans la longueur du carnet, dans le pic de trésorerie avancée. Trois lectures que le CA ne donne jamais.
Un événement annulé la veille, ce sont des décaissements déjà engagés, des prestataires à régler, et zéro recette. Le risque climatique n'est plus un sujet lointain pour le secteur : c'est devenu un risque de trésorerie, concret, immédiat, impossible à prévoir dans un prévisionnel classique.
La question n'est pas d'anticiper la canicule. C'est de savoir ce que votre structure peut encaisser quand un événement tombe. Ce ne sont jamais les agences les moins douées qui trébuchent. Ce sont celles qui étaient exposées sans le savoir.
Une dirigeante d'agence me disait : "On a explosé nos objectifs ce trimestre." En regardant ses chiffres ensemble, l'événement phare qui portait le trimestre avait une marge nette de 6%, et il avait mobilisé 70% de sa trésorerie pendant huit semaines. Un succès commercial et une fragilité de trésorerie. Les deux en même temps. Ses chiffres le savaient déjà.
Sources : Républik Event · Meet In · franceinfo · analyses de défaillances sectorielles, 2026
Additionnez le chiffre d'affaires déjà signé et daté pour les mois à venir. Divisez par votre CA mensuel moyen. Vous obtenez votre carnet, en nombre de mois.
En dessous de trois, vous ne pilotez pas, vous réagissez. Ce chiffre doit devenir votre premier réflexe du lundi matin, avant même de regarder la boîte mail.
Sur vos trois derniers gros événements, déduisez du prix facturé tout le coût direct : freelances, techniciens, prestataires, location, commissions. Ce qui reste, c'est la vérité.
Le CA flatte, la marge décide. Vous découvrirez peut-être que votre plus gros projet n'est pas votre plus rentable, et qu'un format plus modeste vous fait vivre.
Sur votre prochain gros événement, listez tous les décaissements qui tombent avant l'encaissement du client. Le montant maximum que vous avancez, c'est votre exposition réelle.
Ce n'est pas votre CA qui vous met sous tension. C'est ce trou temporaire, invisible dans le bilan annuel, qui décide si un imprévu passe ou casse.
L'IRD™ lit ce qu'ils disent vraiment de votre agence, avant qu'un beau trimestre ne devienne un problème de cash ou qu'un imprévu ne devienne une crise.
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