Ce mois-ci, trois chiffres disent la même chose. L'accès au crédit se resserre. Pas pour tout le monde — pour ceux dont la structure n'est pas lisible de l'extérieur.
Un bilan peut sembler correct et ne pas parler la langue de la banque. Ces deux choses ne sont pas la même chose. Ce que votre banquier regarde, ce sont des ratios que la plupart des dirigeants n'ont jamais calculés eux-mêmes.
— Sylvie Godereaux, Proxi Conseil
L'indicateur de trésorerie Bpifrance atteint -28, son niveau le plus bas depuis 2018. 34 % des TPE-PME sont en situation difficile. Ce n'est pas une surprise. C'est le résultat de trois mécanismes qui agissent simultanément.
1. Les critères bancaires ont changé sans que personne ne l'annonce. Le crédit de trésorerie est plus difficile et plus coûteux qu'il y a deux ans. Ce que les banques regardent aujourd'hui : pas seulement le résultat annuel. La structure de financement, le BFR, le ratio endettement sur fonds propres, la lisibilité du reporting mensuel. Une entreprise rentable avec un bilan peu lisible n'obtient pas les mêmes conditions qu'une structure identique bien documentée.
2. Les délais de paiement s'allongent silencieusement. Le retard moyen atteint 13 jours en 2026, contre 11,9 jours fin 2023. Une faillite sur quatre est directement liée aux délais qui dérapent. Chaque jour de retard supplémentaire est de la trésorerie que vous avancez sans intérêt, sans garantie, sans décision consciente.
3. Le paradoxe de l'investissement. 46 % des dirigeants prévoient d'investir en 2026. Et 15 % déclarent ne pas avoir suffisamment de trésorerie pour absorber un choc extérieur. Ces deux réalités coexistent dans les mêmes entreprises. Ce n'est pas de l'imprudence. C'est de l'opacité — piloter sans lire ce que la structure peut réellement encaisser avant que ça se complique.
Ce que cela signifie pour vous : votre bilan dit-il la même chose que ce que vous croyez ? Une structure lisible obtient du crédit. Une structure solide résiste aux chocs. Ce ne sont pas les mêmes lectures. Et elles ne se construisent pas avec les mêmes outils.
Un choc géopolitique n'était pas dans les prévisions de début d'année. Il ne l'est presque jamais. La question n'est pas d'anticiper tous les chocs. C'est de savoir ce que votre structure peut encaisser avant qu'un événement imprévu ne devienne une crise de trésorerie.
Ce sont rarement les bonnes entreprises qui tombent. Ce sont les entreprises exposées sans le savoir.
Une dirigeante me partageait son dernier tableau de bord : "Tout va bien, je viens de signer un beau contrat." En regardant ses ratios ensemble, on a vu que ce contrat représentait 38 % de son CA annuel. Une belle nouvelle et un facteur de risque. Les deux en même temps. Ses chiffres le savaient déjà.
Sources : Bpifrance Le Lab / Rexecode, T2 2026 · CPME, mai 2026 · Banque de France, 2026 · Altares, T1 2026
Appelez votre conseiller et demandez-lui le dernier scoring ou la notation qu'il a sur votre entreprise. Vous avez le droit de le connaître. Ce chiffre influence vos conditions de crédit, vos garanties, et parfois l'accès au financement tout court.
La plupart des dirigeants ne l'ont jamais vu. Et il est mis à jour à chaque exercice sans que personne ne vous en informe.
Additionnez toutes vos dettes financières — emprunts, découverts autorisés, crédit-bail. Divisez par vos fonds propres. Au-delà de 1, votre banque commence à regarder différemment. Au-delà de 2, elle regarde avec prudence.
Ce ratio, votre banquier l'a calculé. Vous devriez l'avoir calculé aussi — avant lui.
Trésorerie disponible divisée par charges fixes mensuelles. Le résultat est votre autonomie en mois si l'activité s'arrête. En dessous de 2, un choc non prévu met la structure sous tension. Au-dessus de 4, vous avez la marge pour décider sans urgence.
Ce n'est pas un ratio comptable. C'est un ratio de résistance. Il dit ce que votre bilan annuel ne dit jamais.
La cédabilité ne se décrète pas le jour où vous décidez de vendre. Elle se construit — en général sur 3 à 7 ans — à travers six dimensions que ni votre expert-comptable ni votre banquier ne lisent en routine.
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